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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 14:09

Editorial

Une année nouvelle commence et nous espérons que 2011 sera, grâce au travail et à la collaboration de toutes et tous, une année plus égalitaire, solidaire et respectueuse des femmes et des hommes.
 
Souhaitant poursuivre le travail entamé en 2010, et notamment la réflexion entamée lors de l'Assemblée des Femmes et des Hommes de Wallonie, nous espérons pouvoir continuer à conjuguer le Futur de la Wallonie au Féminin, relayant, en synergie avec le plus grand nombre d'actrices et acteurs, les différentes propositions d'actions qui ont émané de cette assemblée.
 
Des défis de taille nous attendent. Si nous saluons le Plan Global de l'Egalité des Chances, initié par Madame la Ministre Eliane Tillieux, et notamment la mise en place d'un réseau de fonctionnaires wallons formés au gender mainstreaming, nous mettons cependant en garde contre la tendance actuelle à considérer les inégalités de genre au même titre que les autres formes de discrimination, comme l'âge, l'origine ethnique ou le handicap.
 
C'est de manière globale et transversale qu'il faut envisager les discriminations faites aux femmes. Or, force est de constater qu'actuellement, la réalité de vie des femmes (mais aussi des hommes) est le plus souvent saucissonnée entre les différents niveaux de compétence et de pouvoir, renforçant la précarité et les difficultés auxquelles les femmes sont confrontées. Comme le souligne l'ACRF dans sa campagne "Une vie à joindre les deux bouts", le système actuel de l'octroi des allocations sociales et notamment l'existence du statut de "cohabitant", ne donne pas à toutes et tous les mêmes chances de s'en sortir. Par ailleurs, les stéréotypes et les préjugés sexistes sont encore (trop) souvent présents à tous les niveaux de la société et il importe de continuer de travailler, ensemble, à construire une société qui donnerait à toutes et tous les mêmes chances et opportunités.
 
C'est à ce grand chantier que Synergie Wallonie souhaite continuer de contribuer en 2011, en collaboration avec toutes les personnes et institutions soucieuses de l'égalité entre les femmes et les hommes, en Wallonie et ailleurs.
 
Pour l’asbl Synergie Wallonie pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes
Reine Marcelis
Présidente

 
 
 
Une assemblée des femmes pour Conjuguer le Futur de la Wallonie au Féminin

 
22 novembre, à l'initiative de l'asbl Synergie pour l'égalité entre les femmes et les hommes, s'est tenue une Assemblée des Femmes – et des Associations – de Wallonie. Réunissant membres d'associations, politiques, académiques, citoyen-ne-s autour de la thématique Conjuguer le futur de la Wallonie au Féminin, cette assemblée a permis de réfléchir autour des thématiques affectant les femmes wallonnes et en particulier les thématiques liées au Plan Marshall 2.0 vert.
 
En ouverture de la journée Madame Delcomminette, chef de cabinet du Ministre Président wallon Rudy Demotte, a donné un aperçu des opportunités que ce plan pouvait avoir pour les femmes et des actions à mener pour renforcer l'égalité entre les femmes et les hommes en Wallonie. La réflexion s'est ensuite articulée autour de différentes thématiques (mainstreaming du genre, société et contexte familial, précarité et freins à l'emploi, insertion socioprofessionnelle et formation, enseignement et médias, développement durable et emplois verts), donnant lieu à plusieurs constats et recommandations. En voici quelques uns.
 
Nos sociétés se complexifient et il importe de définir un modèle de société égalitaire et durable, tant au niveau économique que social et culturel. La multiplication des niveaux de pouvoir et des interlocuteurs, ainsi que le morcellement des différentes politiques sont néfastes pour une prise en compte efficace et réelle des différentes situations de vie des femmes. En effet, ce "saucissonnage" renforce des situations déjà précaires et pénalise les plus démuni-e-s. Pour éviter cela, une réelle volonté politique d'avoir une approche globale et transversale et d'intégrer le mainstreaming du genre à tous les niveaux des politiques est indispensable. Il est également urgent de disposer de données et statistiques sexuées permettant l'élaboration mais aussi l'évaluation et l'analyse d'impact de toutes les politiques sur les femmes (et les hommes). Un gender budgeting affectant les moyens humains et matériels nécessaires à ces politiques est également nécessaire.
Parallèlement, il importe de renforcer les politiques de sensibilisation et de formation à l'égalité entre les femmes et les hommes afin de déconstruire les stéréotypes sexistes, tant au niveau familial (lutte contre les violences faites aux femmes et éducation à la sexualité et aux rapports humains), qu'au niveau des différents domaines de la vie en société: sensibilisation des professeurs et élèves dans l'enseignement obligatoire, images des femmes dans les manuels scolaires et dans les médias, formation des acteurs/actrices de la formation continue, mais aussi des fonctionnaires dans les institutions, des membres des cabinets ministériels et des entreprises. Cette sensibilisation est nécessaire pour renforcer la visibilité des femmes et de leurs rôles. L'importance de mettre en avant les expertises et la parole des femmes, ainsi que la valorisation des domaines dans lesquels elles sont actives, que ce soit dans le milieu associatif ou dans le monde professionnel ont également été soulignés.
L'égalité passe d'abord par l'autonomie des femmes et la prise en compte des situations de vie de plus en plus complexes auxquelles elles sont confrontées (familles monoparentales, précarisation des jeunes, etc.). Il importe également de mettre en place des structures (milieux d'accueil pour enfants et personnes dépendantes, mobilité, accès aux services, etc.) leur permettant de concilier leur vie familiale avec l'orientation professionnelle qu'elles se sont choisie et leur droit à avoir un emploi durable et décent. Il faut également veiller à la mixité des métiers et à l'accès des femmes aux secteurs tels que ceux du développement durable et des emplois verts ou des nouvelles technologies. Le renforcement du soutien aux femmes dans leurs projets d'entrepreneuriat (par des programmes d'accompagnement et de valorisation de leur esprit d'entreprendre notamment dans des domaines très masculins et pour les femmes "rentrantes") est également souhaitable.
 
Ces différentes recommandations ont été transmises à Madame Eliane Tillieux, ministre de l'égalité des chances en Wallonie, qui a clôturé cette journée en mettant l'accent sur sa volonté de travailler en collaboration avec les autres entités et les autres niveaux de pouvoir, afin de mener une politique permettant la construction d'une société où l'égalité entre les femmes et les hommes serait une réalité dans tous les domaines.
 
A l'occasion de cette journée, Madame Jeanne Vercheval, co-fondatrice des "Marie Mineur", et féministe de la première heure, a  également souligné l'importance de poursuivre les combats féministes et surtout, de sensibiliser les jeunes, tant les femmes que les hommes, au fait que les inégalités entre les sexes sont encore bien présentes et qu'il redevient urgent de se mobiliser pour y mettre fin. 
 
Comme chaque année, le prix Théroigne de Méricourt, attribué  depuis 2004 par Synergie Wallonie, a été remis et a récompensé cette année Madame Annie Cornet, professeure à l'ULg, pour son action en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes, notamment par ses recherches portant sur le genre et la gestion mais aussi par son engagement, tant au niveau régional, qu'international, pour la cause des femmes.
 
Un compte rendu exhaustif de la journée ainsi que les actes complets du colloque seront disponibles prochainement. N'hésitez pas à nous contacter pour plus d'informations: info@synergie-wallonie.org ou au 071 24 45 70.
 
Compte-rendu par Zoé Maus

Les nouveaux enjeux du féminisme

Le vendredi 10 décembre une conférence réunissait, dans le cadre des rencontres de la laïcité, de l’égalité et de la mixité, à Saint Gilles, trois militantes du droit des femmes. (*)

Venues de Pologne, d’Algérie et du Québec ces trois intervenantes ont dressé un état des lieux qui montre que, dans bien des endroits du monde, le religieux s’insinue dans l’Etat, grignotant certaines des avancées réalisées ces 40 dernières années en matière de droits des femmes. Qu’il s’agisse, comme l’explique Nina Sankari, militante féministe et laïque,  présidente de l’Initiative Féministe européenne en Pologne, d’un recul en matière de droits sexuels et reproductifs ou d’une intrusion insidieuse du pouvoir religieux dans les prises de décision des Etats, la vigilance est de mise et il s’agit, comme l’ont réitéré les trois intervenantes, de placer les questions féministes sur le terrain politique.

@ RAPPEL

Photo: @ RAPPEL

Dans leur introduction, Nadia Geerts, cofondatrice du Réseau d’Action pour la Promotion d’un Etat laïque (Rappel), Jamila Si M’Hammed du comité belge de Ni putes Ni soumises et Fatoumata Sidibé membre du CFFB ont souligné à quel point il était fondamental de séparer le droit de la foi et à quel point il est urgent que le monde politique s’empare de ces questions liées aux droits des femmes, problématiques prises en compte surtout par le monde associatif. Or, dans un contexte où l’on assiste à la montée des fondamentalismes de tout bord, l’enjeu est de taille et nous concerne toutes et tous.
 
Nina Sankari explique qu’en Pologne, si en matière de droits sexuels et reproductifs, la laïcité avait permis des avancées (cours d’éducation sexuelle dans les écoles, droit à l’IVG, au divorce, recours aux contraceptifs), l’Eglise polonaise a, depuis 89, étendu peu à peu son influence sur des matières touchant à l’avortement, à la contraception…
Une régression pas à pas…
 
Dès 1990, la femme, pour pouvoir recourir à un IVG s’est vue obligée de fournir deux certificats, l’un établi par un psychologue, l’autre par un médecin généraliste. En 1992, le code de déontologie médicale a été modifié limitant le droit à l’avortement. Des menaces d’emprisonnement sont proférées à l’encontre du médecin et de la femme qui ne respecteraient pas les prescrits déontologiques. Le parlement a malgré tout rejeté le projet de pénalisation de l’avortement. Toutefois, dans les faits, on assiste de plus en plus à un refus des médecins de pratiquer les avortements sous couvert d’une «  clause de conscience ». La pilule du lendemain est, elle, inaccessible. On assiste aussi à un recul des connaissances des jeunes en matière d’éducation sexuelle. L’épiscopat aurait conditionné sa position pour l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne, à la position de l’Etat en matière d’avortement ; cela malgré qu’un million et demi de personnes aient signé pour la non révision de la loi sur l’IVG. Résultat : on est passé de 100 000 avortements en 1988 à 200 en 2009. C’est dire le nombre d’avortements pratiqués dans la clandestinité ou à l’étranger. Actuellement, l’Eglise polonaise n’hésite pas à taxer de « traîtres à la patrie » les personnes athées. Les règles de neutralité de l’Etat sont bafouées quotidiennement. L’Eglise s’insinue de plus en plus dans les affaires de l’Etat plébiscitant certains politiciens, censurant des projets de loi qui ne vont pas dans le sens qu’elle souhaite, menaçant d’excommunication ceux qui ne suivraient pas ses visions. C’est le cas pour certains députés qui se sont déclarés pour la fécondation in vitro. L’Eglise impose sa morale et les conséquences sont graves sur la vie privée des femmes mais aussi sur leur vie professionnelles. L’exemple de la Pologne montre que la régression déclenchée puis alimentée par des actions concertées de forces conservatrices est un processus envisageable dans d’autres pays.
 
En 2010, une déclaration européenne permet à tout personnel médical d’appliquer la clause de conscience ; déclaration influencée par la morale religieuse et s’inscrivant clairement contre le droit des femmes. Le droit à l’IVG ne fait actuellement pas partie des législations dans 5 pays européens. L’Italie, la France ont, par ailleurs, voté pour cette possibilité d’objection de conscience en matière de pratique de l’IVG.
 
Djemila Benhabib (1), journaliste, fonctionnaire au gouvernement fédéral canadien d’Ottawa a fui l’Algérie où l’islam politique s’opposait aux droits des femmes. Depuis, elle débusque les pratiques et les discours qui témoignent des velléités politiques qui, sous couvert du religieux, visent, au bout du compte, à « tordre le cou à la démocratie ». Or, ce retour du religieux gagne du terrain en Europe, en Amérique du Nord et fait craindre un recul du rôle de l’Etat. Quel contenu donner à la laïcité dans ce contexte, interroge-t-elle. Quelles balises poser pour consolider le vivre ensemble, que faire de cette pratique des « accommodements raisonnables » ?  Le féminisme ne s’inscrit pas dans le vide, rappelle-t-elle. Il se projette dans un espace temps bien défini. Or, constate-t-elle, lâcher du lest au religieux, c’est lâcher du lest à l’égalité entre les femmes et les hommes. Le droit de religion remet en cause la cohésion sociale. Ce n’est qu’en mettant l’individu et ses préoccupations au centre de la cité et donc du débat citoyen que l’on peut être chacun acteur de changement. Placer dieu en grand régisseur de nos vies ne peut qu’amener  à une surenchère entre tous les dieux d’une part, à déconstruire des lois qui fondent notre organisation sociétale, à broyer les valeurs qui la sous-tendent d’autre part. Par exemple, on pourrait en arriver à ne plus interdire la polygamie chez les Mormons…
 
Selon Djemila Benhabib, le paradigme de la liberté des religions qui s’oppose à l’islamophobie a été introduit subtilement par les islamistes eux-mêmes qui ont appris à communiquer à partir des discours et des valeurs occidentaux. Certains, comme Tarik Rahmadan et la confrérie des frères musulmans, l’ont bien compris et leurs moyens sont importants. Ils font oublier que l’intégrisme religieux est une réalité qui gagne du terrain s’introduisant dans le social, le politique… Les femmes sont porteuses de cette idéologie à travers le voile islamique, souligne Djemila Ben Habib. « Bref, conclut la journaliste, c’est à tous les niveaux que l’on pactise avec l’intégrisme islamiste, qu’il s’agisse des politiciens de gauche avec le Hamas dans les territoires palestiniens ou de l’ONU en soutenant l’organisation de la conférence islamique. L’Islam est gangrené par l’islamisme ».
 
Wassyla Tamzali est algérienne. Elle est avocate, essayiste (2), ex-directrice des droits des femmes à l'Unesco et membre fondatrice du Collectif Maghreb Égalité.  Elle déplore la régression de la pensée laïque et féministe qui vit le jour en Europe il y a 50 ans..  Des avancées se marquaient dans les pays du Maghreb. En 1962, une femme pouvait se présenter en disant : « Je suis une femme algérienne », cela avait du sens. Aujourd’hui il s’agit de dire « je suis une femme musulmane ».
 
La laïcité est une attitude philosophique basée sur la liberté de conscience, liberté de croire ou pas, de penser. Dans un Etat laïc et démocratique, exercer sa religion est un privilège. Mais on voit que face à la poussée des intégrismes cela est mis à mal, le religieux tendant à s’insinuer dans les prises de décision. Si le concept de laïcité n’a pas d’équivalent dans les pays musulmans, où il n’existe pas de rupture affichée avec la tradition, ce n’est pas le cas chez les Juifs et les Chrétiens. La religion chrétienne ne se situe pas sur le même pied que la religion musulmane. L’Etat de droit limite en effet l’intrusion de la religion chrétienne dans les législations. Il n’en n’est pas de même pour les Etats musulmans dans lesquels, l’Islam est la source du droit par exemple, entre autres pour les rapports dans la famille. La question des femmes est intimement liée à la question de la liberté de conscience. On assiste même aujourd’hui à ce qu’on peut appeler un post islamisme qui revendique la charia, ce qui serait une véritable prise d’otage de la société civile. En Algérie, des poches de résistance existent mais des choses permises jadis sont aujourd’hui interdites. Parler de laïcité en Algérie, c’est comme se couper du peuple. Les femmes n’ont pas fait le travail de rupture avec l’ordre familial et avec l’ordre religieux. Comment, dans ce contexte renverser les rapports de domination ?
 
« Il est essentiel que la question des femmes trouve sa place sur le terrain politique et non sur le terrain social, insiste Wassyla Tamzali. On peut craindre par exemple que le féminisme islamique, né à Barcelone des recherches de quelques intellectuelles tendant à montrer que l’Islam peut émanciper les femmes, soit une manière, de délégitimer le féminisme ».
 
Compte rendu : Laurence Delperdange
 


Djemila Benhabib, Ma vie à Contre Coran, une femme témoigne sur les Islamistes, VLB éditions

Wassyla Tamzali, Une femme en colère, Lettre d’Alger aux Européens désabusés, Ed. Gallimard.

(*) La conférence était une initiative du Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ), du Comité belge Ni Putes Ni Soumises et du Réseau d'Action pour la Promotion d'un Etat Laïque (RAPPEL), réalisée dans le cadre du Parcours de la Diversité de Saint-Gilles. - Sous le Haut Patronage de l'Université Libre de Bruxelles (ULB). - Avec le soutien de la COCOF et du Service de l'Education Permanente de la Communauté française.

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